1993 L’espace et le temps de la ville

Synthèse Journée d’Étude AdP

du vendredi 3 septembre 1993

L’ESPACE ET LE TEMPS DE LA VILLE
Ecole Nationale des ponts et Chaussées

Les interventions de cette journée proposent des visions de la réalité des villes en développement sous divers aspects : crise urbaine et crise des Etats dans un contexte de mondialisation, rôle dynamique du secteur informel et paradoxes dans sa prise en compte par les politique publiques dans les pays en développement, émergence de la participation dans les quartiers périphériques ou illégaux des métropoles d’Amérique latine, croissance urbaine et besoins d’équipements des villes côtières d’Afrique de l’Ouest, modes et modalités de planification urbaine et sociale, relations entre les déséquilibres villes-campagnes et processus d’ajustement et nécessité de développement de politiques sociales pour résoudre la crise l’ajustement. Chaque intervention est suivie d’un débat.

Gustave Massiah, de l’AITEC, expose des réflexions sur la relation entre crise urbaine et crise des Etats dans un contexte d’économie monde. Il questionne tout d’abord la notion de crise et propose une caractérisation de la période considérée comme période de transition ou de rupture pouvant être, à ce titre, interprétée comme s’inscrivant dans un cycle, par référence aux travaux de Braudel, de Wallerstein ou de Kondratieff. Il souligne la concomitance de grandes négociations internationales comme confirmation d’une recomposition du système géopolitique. Il tente ensuite de mettre à jour les caractéristiques des crises urbaines dans les pays du Sud, du Nord et de l’Est. Il se demande alors si, dans un contexte de mondialisation, la crise des Etats ne serait pas une crise des sociétés où les classes moyennes seraient à la fois la base sociale des Etats et les premières victimes des crises, où les Etats seraient contestés à la fois par la mondialisation et une revendication de démocratie de proximité. Il souligne enfin que l’espace municipal est celui qui laisse le plus de marges de manœuvre parmi les autres espaces de transformations sociales que sont l’entreprise, l’espace national et l’espace mondial.

Jacques Charmes, spécialiste du secteur informel à l’ORSTOM, rend tout d’abord compte de l’évolution du concept de secteur informel né au début des années 1970 et présente les principaux éléments de sa définition internationale. Il propose un aperçu de son importance quantitative (pourcentage de population active concerné dans des pays d’Afrique du Nord et en Amérique du Sud), indiquant aussi l’effet des chocs pétroliers sur sa croissance. Il souligne alors que cette considérable croissance de l’emploi constitue l’aspect miraculeux de l’informel, tout comme le niveau des revenus qu’il procure. Il explique comment cette croissance de l’emploi dans le secteur informel a vu, dans le même temps, une décroissance des produits intérieurs bruts, et analyse les paradoxes de l’intervention étatique : intervention sur un secteur qui est à l’image de l’impuissance des Etats, mais intervention sur un secteur dynamique (qui n’en n’a donc pas nécessairement besoin), intervention faisant disparaître les caractéristiques qui rendaient le secteur intéressant.

German Solinis, architecte et sociologue d’origine latino-américaine mais ayant fait des études d’urbanisme en France, puis s’étant consacré aux problèmes des quartiers périphériques ou illégaux en Amérique latine et particulièrement au Mexique, membre du réseau Association de Recherche Coopérative Internationale (ARCI), évoque l’un des aspects de la mondialisation qu’est l’urbanisation de la société qui se traduit dans le pourcentage élevé que représente la population urbaine, et aussi par le grave manque de logement social dont souffrent les pays du Tiers Monde. Dans ce contexte urbain où se mêlent inclusion et exclusion, et où se développent des pratiques d’auto-construction et d’auto-aménagement, émergent les possibilités de participation et les questions qu’elle pose face aux fonctionnements institutionnels. German Solinis évoque les travaux et actions de recherche menés sur ce thème.

Jean-Louis Vénard, membre de la CFD et de l’AdP, propose la projection d’un court métrage documentaire de sept minutes présentant quelques chiffres sur l’évolution démographique des métropoles côtières d’Afrique de l’Ouest (Dakar, Conakry, Abidjan, Cotonou, Porto Novo et Douala), montre l’extension spatiale de ces villes depuis les années 1960, le commentaire soulignant la nécessité d’organisation des équipements sociaux et d’assainissement.

Dans une contribution intitulée « Heurs et malheurs de la planification urbaine », Michel Arnaud, membre d’AdP, expose des réflexions visant à clarifier et articuler les différents modes ou modalités de la planification urbaine, en distinguant notamment la dimension « plan » (qu’il s’agisse de ce qui se rapproche du design ou de la notion anglaise de planning) et la dimension « science » (établissement de programmes, d’objectifs comme en économie par exemple) de cette pratique. Il évoque la complexité pratique du passage des plans d’urbanisme à des schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme et aux plans d’occupation des sols, notamment du fait du décalage de temps : après peu d’années, les données et les problèmes ont changé et le plan est dépassé. Il souligne que l’approche de la planification devrait être itérative (entre objectifs et expression), mais aussi globale. L’auteur commente alors la faiblesse ou le manque de résultats de la dimension sociale dans les plans de développement urbain. Michel Arnaud évoque l’action de coopération française dans l’appui financier des réseaux d’eau, d’électricité ou d’assainissement et commente la relation entre la mise en place de ces équipements et infrastructures et la planification.

Jean-Michel Sévérino appartient au Ministère de la Coopération où il a été en charge de la coordination géographique des politiques des pays mais également de tous les processus d’ajustement structurel et de financement dans le cade du projet de politique monétaire au sein de la coopération française, notamment dans les pays de la zone franc. A travers son exposé, il se propose de montrer que les déséquilibres villes-campagnes sont au cœur des processus d’ajustement et de la crise de l’ajustement, puis que les solutions à cette crise sont à trouver dans de nouveaux pactes sociaux. Ainsi, il montre que la crise des finances publiques africaines et les phénomènes d’urbanisation qui sont liés à l’évolution économique des trente dernières années, sont étroitement dépendants de la nature même de l’Etat africain et contribuent aux déséquilibres villes-campagnes.

Une table ronde intitulée « De la ville à la cité » a réuni Jean-Marie Cour qui effectue des études de prospective sur les pays d’Afrique au sein de la Banque Mondiale, Jean Dellus du ministère de l’Equipement, Alain Durand-Lasserve géographe d’Unterurba et Michel Arnaud. Ils reviennent sur les difficultés de la planification urbaine en France et la validité de l’application de ses outils aux cas de villes de pays en développement, soulignent les différences des phénomènes urbains auxquels sont confrontées les collectivités locales françaises et africaines.

 

Space and time in the city

Study day – 3 september 1993 « Synthesis »

 

The papers given at this study day examined different aspects of the situation in developing cities: the urban crisis and the crisis facing government in a context of globalization, the dynamic role of the informal sector and paradoxes in the way public policy takes account of it in developing countries, the emergence of participation in the peripheral or illegal districts of metropolises in Latin America, urban growth and the need for amenities in the coastal cities of West Africa, the modes and forms of urban and social planning, the relationships between city-country imbalances and adjustment processes and the need to develop social policies to resolve the adjustment crisis. Each speech was followed by a discussion.

Gustave Massiah, from AITEC, presented some thoughts on the relationship between the urban crisis and the crisis facing governments in the context of a globalized economy. He started by questioning the concept of crisis and characterized the period in question as a period of transition in which the upheaval could be interpreted as being part of a cycle, in reference to the work of Braudel, Wallerstein and Kondratieff. He cited the concomitance of major international negotiations as confirmation that the geopolitical system was being remodelled. He next attempted to show the characteristics of the urban crisis in the countries of the South, the North and the East. He asked if, in a context of globalization, the crises facing governments are not a crisis facing societies in which the middle classes are both the social basis of governments and the first victims of crises, and where States are challenged both by globalization and demands for local democracy. Last, he emphasized that there are greater margins for manoeuvre in municipal space than in the other spaces where social transformation can take place, namely the firm, national space and global space.

Jacques Charmes, who is anexpert on the informal sector at ORSTOM, began by outlining how the concept of the informal sector, which was developed in the early 1970s, has changed, and described the main features of how it is defined internationally. He provided an idea of its quantitative scale (the percentage of the active population involved in the countries in North Africa and South America), also mentioning the effect of the oil crises on its growth. He then showed that this marked increase in jobs constitutes the unexplained dimension of the informal sector, as does the level of income it provides. He showed how the increase in jobs in the informal sector was accompanied by a decrease in gross domestic products, and analyzed the paradoxes involved in State intervention: this is intervention in a sector which is symbolic of the State’s lack of power, but also intervention in a dynamic sector (which is not therefore necessarily needed), and intervention which destroys what gave the sector its value.

German Solinis is a Latin American born architect and sociologist who studied urban planning in France before devoting himself to the problems of the peripheral or illegal districts in Latin America, Mexico in particular. He is a member of the Association for International Cooperation Research (ARCI) and described one of the aspects of globalization, namely the urbanization of society which means that a high percentage of the population now lives in urban areas and also causes a severe shortage of social housing in Third World countries. In this urban context where inclusion and exclusion are present side by side and where self-help housing and planning are becoming widespread, possibilities for participation and the issues this raises for the operation of institutions are emerging. German Solinis described research work and programmes in this area.

Jean-Louis Vénard, a member of the CFD and the AdP, projected a seven minute documentary film giving some figures about demographic change in the coastal metropolises of West Africa (Dakar, Conakry, Abidjan, Cotonou, Porto Novo and Douala). It showed how the cities have expanded spatially since the 1960s and the commentary highlighted the need to organize social services and sanitation.

In a paper entitled “The fortunes and misfortunes of urban planning”, Michel Arnaud, a member of the AdP, attempted to clarify and link the different modes and methods of urban planning, particularly distinguishing the “plan” aspect (whether with regard to design or the English concept of planning) and the “science” aspect (developing programmes or goals like in economics for example). He described the practical complexity of the transition from development plans to structure plans and land use plans, particularly because of the time lag: after few years, the data and issues have changed and the plan is outdated. He highlighted that the planning approach should be iterative (between objectives and outcomes), but also comprehensive. The author then commented on the weakness or ineffectiveness of the social dimension in urban development plans. Michel Arnaud described French development aid with regard to providing financial support for water, electricity and sanitation networks and commented on the relationship between the creation of these amenities and infrastructures and planning.

Jean-Michel Sévérino works at the Ministry of Cooperation where he is responsible for the geographical coordination of national policies but also all the processes of structural adjustment and finance in the framework of monetary policy within the area where France is involved in cooperation, particularly in Franc zone countries. His paper was intended to show that the imbalances between the city and the countryside are central to the adjustment processes and the adjustment crisis, and that the solutions to this crisis must be found in new social agreements. In this way he demonstrated that the crisis affecting African public finances and the urbanization which is linked to the economic changes for the last thirty years are closely dependent on the very nature of the African State and contribute to imbalances between cities and the countryside.

The round table entitled “From the town to the city” brought together Jean-Marie Cour who is engaged in forecasting studies on African countries for the World Bank, Jean Dellus from the Ministry of Infrastructure, Alain Durand-Lasserve who is a geographer at Unterurba and Michel Arnaud. They spoke about urban planning difficulties in France and whether it is valid to apply the same tools to the cities in developing countries, and showed the differences between the urban phenomena the urban processes faced by local authorities in France and Africa.